La grande histoire d’un organisme à échelle humaine : le Service d’intégration à la collectivité (S.I.C.) - Les Augustines

Voici les faits saillants de l’histoire de l’organisme.

1983: Travail de rue et de milieu pour soutenir et accompagner les jeunes en difficultés (1983-1990)

En 1983, une équipe d’intervenants met sur pied un projet de soutien et d’accompagnement pour les jeunes âgés de 18 à 30 ans qui sont en situation d’itinérance ou à risque de s’y retrouver.  Le nom de ce projet : Le Service d’intégration à la collectivité.

Les intervenants ont pour mission d’aller à la rencontre des jeunes, au sortir des centres d’accueil ou dans la rue, pour les aider dans leurs démarches d’insertion sociale (hébergement, emploi, etc.).  La majorité de ces jeunes a séjourné dans un centre d’accueil ou dans une famille d’accueil. D’autres ont quitté leur famille, en ville ou en campagne, pour se retrouver en difficulté dans les rues de Montréal. L’équipe offre également du soutien aux jeunes qui fréquentent le local du Piamp (projet d’intervention auprès des mineurs prostitués).

La problématique de ces jeunes est que, dès qu’ils atteignent l’âge de la majorité, ils sont laissés à eux-mêmes, sans soutien de la part du Centre de services sociaux du Montréal Métropolitain (CSSMM) et des centres de réadaptation, pour les aider à s’adapter socialement.

1984: Un premier appartement supervisé avec chambres partagées pour les jeunes âgés de 18 à 30 ans (1984-1987)

Les nombreux accompagnements auprès des jeunes permettent d’observer un problème récurrent : obtenir un logement s’avère compliqué, voire impossible, en raison du coût élevé des loyers, de l’insolvabilité des jeunes et de l’absence d’endosseur pour signer le bail.

En 1984, la mission du S.I.C. se précise et prend une nouvelle orientation : offrir des alternatives en hébergement à ces jeunes. Les intervenants développent un projet d’hébergement, en louant un grand 8 ½ dans Hochelaga Maisonneuve, pour en faire un appartement supervisé que les jeunes se partagent. En plus de leur offrir un toit sur la tête, ce modèle d’hébergement partagé leur permet de briser leur isolement et stimule la solidarité sociale.

1984: Le S.I.C. international : l’organisation de voyages avec les jeunes, pour aller à la rencontre de soi et des autres  (1984-1990)

Ayant toujours pour objectif principal de sortir les jeunes de la rue, l’équipe met sur pied un autre programme. Le S.I.C. international permet d’organiser et de financer des voyages à l’étranger pour les jeunes, avec leur implication à part entière à chaque étape du projet. Pour ces jeunes qui vivent au jour le jour, sans prendre de décision à moyen ou long terme, il s’agit d’un engagement sur une période de 8 à 12 mois, afin de réaliser ensuite un grand voyage.

Le projet permet de mobiliser ces jeunes qui ne sont pas motivés à se trouver un emploi. Ce qu’il y a sur le marché, pour des jeunes ayant une faible scolarité, ne les stimule pas. Ils vivent échec sur échec et recommencent souvent à zéro.

Grâce à l’obtention de contrats avec des plateaux de travail, les jeunes ont des emplois leur permettant d’acquérir de l’expérience et d’avoir une salaire, dont une partie sert à financer leur voyage. Pour financer une partie du tout premier voyage, l’équipe obtient une subvention dans le cadre de l’Année internationale de la jeunesse. Le financement de tous les autres voyages est assuré à 100 % par les jeunes.

De 1984 à 1990, le S.I.C. international organise, avec l’aide des jeunes, de nombreux voyages à travers le monde : À la découverte de la Bretagne à la voile, Sur la trace des mayas : de Tulum à San Cristobal de Las Casas, Projet d’aide humanitaire dans un village du Sénégal, À la conquête du camp de base de l’Everest - trekking au Népal, De la jungle au volcan au Costa Rica, Périple à la voile : de Gaspé à la Guadeloupe, en passant par les Bermudes, Exploration de la Martinique en formule camping.

Pour se préparer physiquement aux voyages à l’international et pour solidifier le groupe, de courts séjours sont également organisées au Québec et dans les Adirondacks. Les voyages permettent aux jeunes de découvrir de nouveaux horizons, d’apprendre la solidarité et la force du nombre, de connaître le dépassement de soi et d’aller à la rencontre de l’autre dans différents pays.

Les jeunes qui se rendent jusqu’au bout de leur projet, qui parviennent à effectuer ces voyages, en sortent avec une meilleure estime de soi et un fort sentiment de valorisation. Ils comprennent qu’ils viennent d’accomplir quelque chose qui touche à l’extraordinaire. Ils développent des capacités de persévérance pour un projet qui leur tient à cœur et comprennent l’importance de maintenir un emploi, voire de retourner aux études, pour se réaliser pleinement.

Sur une période de 7 ans, c’est une soixantaine de jeunes qui connaissent cette expérience formatrice hors du commun.

1987: Le S.I.C. s’incorpore à titre d’organisme sans but lucratif et à titre d’organisme de bienfaisance

1987: La maison d’hébergement « L’Avenue » et les appartements supervisés « Les Petites Avenues » pour les jeunes âgés de 18 à 30 ans (1987-1995)

En 1987, le S.I.C. achète un immeuble de trois logements pour y accueillir les jeunes, créant ainsi sa toute première maison d’hébergement : L’Avenue. La maison peut accueillir 12 jeunes à la fois, en leur offrant des chambres individuelles et des espaces communs partagés.

L’organisme ajoute ensuite des appartements supervisés : Les Petites Avenues. Les jeunes partagent ces appartements, le temps de faire l’apprentissage de la colocation et de favoriser leur insertion économique et sociale. Le S.I.C. poursuit ainsi sa mission d’aider les jeunes en situation d’itinérance ou à risque de le devenir, âgés de 18 à 30 ans, en leur offrant un toit, du soutien et de l’accompagnement. L’organisme contribue également à la création du Regroupement des maisons d'hébergement jeunesse du Québec (RMHJQ), qui sera ensuite connu sous le nom du Regroupement des auberges du cœur.

En 1995, L’Avenue et les Petites avenues prennent leur envol sous la direction d’une nouvelle corporation et continuent leur mission auprès des 18-30 ans, pendant que le S.I.C. poursuit sa mission auprès des 13-18 ans.

1990: Le foyer de groupe « La maison Odyssée » pour les jeunes âgés de 13 à 17 ans (1990-2024)

En 1990, le S.I.C. crée une deuxième maison d’hébergement : l’Odyssée. Le foyer de groupe accueille des mineurs non-accompagnés revendicateurs du statut de réfugié, garçons et filles, âgés de 13 à 18 ans et référés par le S.A.R.I.M.M. (Service d’aide aux réfugiés et aux immigrants du Montréal métropolitain).

L’organisme choisit de louer une maison de deux étages dans le quartier Rosemont - La Petite Patrie, pour y installer un foyer de groupe pouvant accueillir 12 jeunes à la fois. Les jeunes sont ainsi en contact avec une population majoritairement de souche québécoise et francophone, dans un quartier résidentiel ayant un bon revenu économique. Cela favorise l’adaptation sociale des jeunes, tout en leur offrant un environnement sécuritaire, de meilleures opportunités pour accéder à de petits emplois et éventuellement intégrer le système scolaire. À l’Odyssée, l’approche interculturelle utilisée auprès des jeunes est de respecter leur culture d’origine, tout en leur donnant accès aux outils de la communauté d’accueil pour faciliter leur intégration.

En 1990-1991, période marquée par la guerre du Golfe, il n’y a pas de vague massive de réfugiés qui se présentent aux frontières canadiennes. La diminution du nombre de revendicateurs du statut de réfugié aux frontières a un impact direct sur le taux d’occupation à l’Odyssée, les places étant exclusivement réservées à ceux d’entre eux qui sont d’âge mineur. Le S.I.C. étant reconnu pour son expertise en hébergement et dans l’intervention auprès des jeunes issus de différentes communautés culturelles, l’organisme reçoit la proposition d’accueillir également les jeunes placés sous la Loi de la protection de la jeunesse (LPJ). En 1991, c’est dans ce contexte que l’Odyssée accueille pour la première fois des jeunes référés par la Direction de la protection de la jeunesse. Huit des douze places du foyer sont désormais réservées à ces jeunes, issus principalement de différentes communautés culturelles, et les quatre autres places demeurent réservées pour les jeunes réfugiés.

En 1995, la maison Odyssée devient officiellement une ressource intermédiaire jeunesse (RIJ) en lien contractuel avec le Centre jeunesse de Montréal (CJM). Le S.I.C. contribue également à la création de la Fédération des ressources intermédiaires jeunesse du Québec, dont l’Odyssée devient membre. En 1999, le S.I.C. devient propriétaire d’un immeuble du quartier La Petite-Patrie et y déménage son foyer de groupe de 12 places. En 2024, l’Odyssée prend son envol sous la direction d’une nouvelle corporation, gérée par une relève formée au fil des ans et qui a à cœur de poursuivre la mission auprès des jeunes avec les mêmes valeurs. Le S.I.C. se concentre sur le développement des Augustines.

1992: Collaboration à une recherche-action sur « Les enfants et les jeunes de la rue - Montréal & Bamako » (1992-1995)

En 1992, le S.I.C. co-dirige une recherche-action avec les organisations «AMAPROS-Mali» et «ENDA Tiers Monde Mali», qui est parrainée et financée par « Aide à l’enfance Canada (Québec) ». La recherche porte sur les enfants et les jeunes de la rue à Montréal et à Bamako et permet un échange d’expertise sur les deux territoires, sur une période de trois ans. Des voyages sont organisés deux fois par année pour réunir en personne les membres de l’équipe de direction de la recherche. Les autres voyages ont pour but de permettre à des intervenants d’effectuer des stages à Bamako dans le cadre de la recherche.

1995: Collaboration à une recherche sur « Les jeunes en difficultés et l’intervention en maison d’hébergement » (1995-1998)

En 1995, le S.I.C. contribue à une recherche intitulée « Jeunes en difficulté et contexte pluriethnique : l’intervention en maisons d’hébergement communautaires », dont le rapport est publié en 1998. L’équipe de recherche est composée de Shirley Roy, chercheure en sociologie à l’UQAM, Jacques Rhéaume, chercheur en communications à l’UQAM, et de Pierre Hétu, directeur du S.I.C. Huit autres personnes collaborent à la recherche, à titre de chercheur ou d’étudiant à la maîtrise ou au doctorat, et huit organismes communautaires y participent : AMCAL. L’Antre-Temps, L’Envolée, La maison Odyssée, Passages, Ressources Jeunesse de Saint-Laurent, Service d’hébergement St-Denis, Transit-Jeunesse.

1998: La ressource d’hébergement « Les Augustines » pour les jeunes mères âgées de 15 à 25 ans et leurs enfants âgés de 0 à 5 ans (de 1998 à aujourd’hui)

En 1998, le S.I.C. discute avec l’équipe jeunesse du CLSC La Petite Patrie d’un phénomène social grandissant : le nombre de jeunes mères monoparentales en difficultés et l’absence de ressources d’hébergement pour elles, particulièrement à la suite de la fermeture des unités d’hébergement du Centre Rosalie-Jetté. Les jeunes n’ayant pas de domicile fixe et un réseau soutenant, il est difficile de leur offrir des services pour répondre à leurs différents besoins, notamment un suivi de grossesse.

Le S.I.C. et le CLSC collaborent également avec le Groupe d’entraide maternelle (GEM), qui œuvre auprès des familles, pour partager leurs observations sur la réalité de ces jeunes et leurs réflexions sur les besoins qu’elles peuvent avoir en matière d’hébergement. Le comité logement de La Petite-Patrie et le G.R.T. Bâtir son quartier se joignent ensuite au groupe pour apporter leur expertise en hébergement.

C’est à la suite de cette concertation que le S.I.C. développe un nouveau projet de ressource d’hébergement pour les jeunes mères monoparentales en situation de vulnérabilité : Les appartements supervisés Augustine-Gonzalez, pour les jeunes mères âgées de 15 à 25 ans et leurs enfants âgés de 0 à 5 ans.

Les six premiers appartements sont installés, sur une base temporaire, dans un immeuble locatif du quartier La Petite Patrie. L’emplacement ne correspond pas en tous points à l’idéal recherché, mais il répond à plusieurs critères et permet de démarrer le projet de ressource d’hébergement pour ces jeunes enceintes d’un premier enfant et aux prises avec de nombreuses difficultés.

En 1999, deux autres appartements supervisés sont installés au-dessus du foyer de groupe abritant l’Odyssée. En 2004, le S.I.C. devient propriétaire d’un immeuble de 11 logements dans le quartier La Petite-Patrie et y déménage sa ressource d’hébergement. Les Augustines peuvent désormais accueillir neuf jeunes mères et neuf enfants à la fois. Cette relocalisation se concrétise grâce au projet Saint-Étienne visant la construction de 80 logements communautaires sur le site de l’ancienne église Saint-Étienne, dans La Petite Patrie. Pendant cette période, le S.I.C. aménage également quatre appartements supervisés supplémentaires dans un immeuble locatif du quartier Rosemont. Les jeunes mères peuvent y séjourner sur une plus longue période, en autant qu’elles aient un projet scolaire et l’intention d’obtenir un diplôme.

En 2009, le S.I.C. devient propriétaire de l’immeuble situé dans Rosemont, ce qui lui permet d’y ajouter un 5e, puis un 6e appartement supervisé, pour les jeunes mères et leurs enfants.

2002: Collaboration à la création de l’OBNL « Un toit pour tous » et à son projet d’habitation sociale (2002-2012)

En 2002, le S.I.C. collabore à la création de l’OBNL « Un toit pour tous », avec le Comité logement de La Petite-Patrie, le GRT Bâtir son quartier et d’autres organismes communautaires membres de la Table de concertation logement/aménagement de La Petite-Patrie. Le mandat de l’OBNL est de développer un projet d’habitation sociale dans le quartier, sur l’ancien site des ateliers municipaux de la Ville de Montréal. Le projet prévoit d’offrir 60 logements communautaires à loyer modique et à loyer abordable à des personnes seules, des couples et des familles monoparentales. En 2010, les « Habitations des Ateliers verts » accueillent leurs premiers locataires. Cinq logements sont réservés au S.I.C., qui y accueille des jeunes mères monoparentales ayant un projet scolaire.

2012: Implication dans les plans d’action concertée de La Petite-Patrie et Rosemont pour le développement des enfants de 0 à 5 ans (Avenir d’enfants) (2012-2020)

En 2012, le S.I.C. s’implique, avec d’autres organismes communautaires de La Petite-Patrie, dans une démarche de planification stratégique communautaire en écosystémie pour le développement des enfants de 0 à 5 ans. Ce plan d’action concerté est porté par le Réseau d’échange et de concertation petite enfance de La Petite-Patrie et financé par Avenir d’enfants.

L’organisation Avenir d’enfants est issue d’un partenariat entre le gouvernement du Québec et la Fondation Lucie et André Chagnon. Son mandat est de soutenir la collaboration entre les réseaux intersectoriels, pour mettre en place des stratégies concertées favorisant le développement du plein potentiel des enfants de 5 ans et moins, en accordant une attention particulière aux familles défavorisées.

En 2014, le S.I.C. s’implique également avec les organismes communautaires de Rosemont, dans un plan d’action concerté porté par la Table de concertation en petite enfance de Rosemont. Pour les deux quartiers, le S.I.C. accepte le mandat d’être l’organisme responsable de la subvention, de distribuer le financement à chaque organisme porteur d’une action et d’en gérer la reddition de comptes. Ce mandat implique également la supervision de la chargée de projet embauchée dans chaque quartier, dans le cadre du plan d’action concerté.

De 2012 à 2020, les organismes de La Petite-Patrie et de Rosemont auront réalisé 24 actions collectives auprès des familles.

2024: Les Augustines dans la communauté : un projet de logement social avec support communautaire (de 2024 à aujourd’hui)

En 2024, le S.I.C. développe un nouveau projet : offrir du logement social avec support communautaire aux jeunes mères âgées de 18 à 30 ans et à leurs enfants âgés de 0 à 5 ans. Le projet est basé sur des ententes avec des propriétaires d’immeuble, pour créer un réseau de logements sociaux, et sur une entente avec l’OMHM, pour offrir l’accès au supplément au loyer lorsque c’est possible.

En 2025, un premier logement social accueille une jeune mère et son enfant dans le quartier La Petite-Patrie. D’autres unités de logements sont en cours de développement.

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Une nouvelle identité de marque pour Les Augustines